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Mutinerie à la prison d’Uzerche : suite d’une longue série ?

Dimanche 22 mars en fin d’après-midi, une mutinerie a frappé la prison d’Uzerche en Corrèze. Environ 200 des 560 détenus ont été concernés, qu’ils se soient rebellés ou qu’ils aient été empêchés de regagner leur cellule. Ce «mouvement collectif» fait certainement suite à l’«oisiveté» forcée, la suspension des parloirs, et plus largement la peur du Covid-19. 

De Marseille à Nanterre, en passant par Béziers ou Lille, plusieurs perturbations ont été enregistrées dans les établissements pénitentiaires la semaine dernière. Derniers événements en date ce dimanche soir à Uzerche, où quelque 200 détenus étaient concernés. Certains ont refusé de regagner leur cellule en empêchant d’autres de le faire. Plusieurs détenus ont même accédé à un toit sur lequel ils ont brûlé des matelas : «On a deux bâtiments qui sont hors service. L’aile du quartier disciplinaire a été complètement détruite par un incendie. Tous les organes de sécurité, la vidéo surveillance… les détenus ont tout cassé. Donc oui, il y a de gros dégâts sur l’établissement d’Uzerche» confirme Emmanuel Giraud, secrétaire régional du Syndicat national pénitentiaire Force Ouvrière.

Bilan : aucun blessé à déplorer du côté du personnel mais un détenu souffre d’une probable intoxication aux fumées. La mutinerie a été contenue lundi vers une heure du matin où
«les premiers détenus ont été transférés vers d’autres établissements, étant donné que la structure ne pouvait plus les accueillir». En effet, environ 250 cellules ont été rendues inutilisables, soit par le feu, soit par la destruction du mobilier. Au final, plus de la moitié des détenus de la prison d’Uzerche, 350 en tout, ont été relogés dans d’autres établissements de l’Hexagone.

Tension dans les prisons

Depuis le confinement annoncé par Emmanuel Macron lundi 16 mars, les prisons sont sous cloche. Emmanuel Giraud constate qu’
«il s’est succédé tout au long de la semaine dernière des refus de réintégrer, des débuts de mutinerie… On a eu ça sur Béziers, Fleury-Mérogis, tout un nombre d’établissements qui ont été perturbés par des actions collectives». Et dans l’hypothèse d’une prolongation du confinement, le syndicaliste s’attend à une situation de plus en plus «compliquée» : «On ne peut plus leur proposer les activités habituelles. Le sport est restreint à des périodes bien données sur des terrains uniquement extérieurs, quand les établissements en sont dotés».

«Mais la grosse problématique» serait le fermeture des parloirs, et le «manque d’approvisionnement en substances illicites» qu’il implique : «Le shit, le cannabis ne rentre plus en établissement pénitentiaire ou moins facilement. Et ça crée des tensions» selon Emmanuel Giraud. «C’est un ensemble de choses, mais pour nous organisations syndicales, nous imaginons que c’est ce cannabis qui pose problème en premier lieu».

Une profession inquiète

«Les personnels craignent pour leur santé quant à la propagation de ce virus. L’administration ne les autorise pas à venir travailler avec leurs propres masques sous prétexte que ça pourrait nuire à la tranquillité des détenus». D’après l’administration pénitentiaire, le fait de voir certains agents porter des masques et pas d’autres instaurerait un climat de psychose chez les détenus. Quoi qu’il en soit, «des cas de Coronavirus apparaissent de plus en plus dans nos établissements pénitentiaires», ce qui n’est pas sans inquiéter agents pénitentiaires et population carcérale. 

Lundi 23 mars, d’après le compte Twitter du syndicat (@SNPFO_PS), la ministre de la Justice n’aurait toujours pris «aucune décision ferme pour la protection sanitaire et sécuritaire des personnels» : «
Nous ne disposons pas suffisamment de masque afin de pouvoir en fournir à tout le monde. Nicole Belloubet demandera à la DAP (Direction de l’administration pénitentiaire, NDLR) de ne pas sanctionner les agents qui viendraient travailler avec leur équipement de protection personnel, sans pour autant les autoriser». Néanmoins, Force Ouvrière indique que «des ordonnances vont être prises permettant la libération anticipée des détenus en fin de peine. Ce qui permettra la libération d’environ 5 000 détenus». Notons que d’après la DAP, 70 651 personnes étaient détenues dans les prisons françaises, pour 61 080 places opérationnelles au premier janvier 2020. Ce n’est que le vendredi 27 mars que Force Ouvrière s’est réjouit d’«une première victoire contre le Coronavirus» : «Le Directeur du cabinet de la ministre de la Justice vient de confirmer à FO Pénitentiaire que l’ordre a été donné à l’ensemble des directions interrégionales de distribuer des masques aux personnels au contact de la population pénale et cela dès demain matin, samedi 28 mars, lors de la prise de service».

La préfecture de la Corrèze souligne qu’il n’y avait «pas de revendication particulière» liée à cette mutinerie. Mais beaucoup de choses portent à penser que le confinement des prisonniers n’y est pas étranger. Et la psychose engendrée par le Coronavirus pourrait bien se propager à d’autres établissements.

Vendredi 27 mars, la DAP a fait savoir que, sur le plan national, le nombre de détenus positifs au Covid-19 avait doublé depuis la semaine dernière. 21 sont atteints du virus tandis que 471 sont en confinement sanitaire, «isolés du reste de la détention en cellule individuelle. 94 détenus sont déjà sortis de quatorzaine» précise la DAP. Parmi les quelque 42 000 agents pénitentiaires que compte le pays, «50 ont été testés positifs, 793 sont en quarantaine pour 14 jours et 78 sont déjà sortis de quatorzaine».

Photo : Dimanche 22 mars, une mutinerie a duré plusieurs heures au sein de la prison d’Uzerche. Crédit : AFP / Pascal Lachenaud

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